Les collaborateurs
par Frédéric Lordon Donc ils ont eu une éducation. Ils sont allés aux écoles — enfin à Sciences-Po, ou en école de journalisme. Donc on leur a enseigné. Donc, ils ont appris. Ils ont appris l’Histoire. L’ont régurgitée — dans des copies, puis dans des articles, dans des discussions mondaines. Ils ont vu des documentaires — sur Arte. Des films. Sur la montée. Sur ce qui s’est passé, les processus à l’œuvre, les accélérations. À quoi les processus ont conduit. Ils ont été invités — et ont invité — à « méditer ». Comment tout ça avait bien pu se passer. Au milieu de quelle inconscience, de quelle passivité, de quelles faillites, politiques, intellectuelles, morales. Après quoi, ils ont solennellement juré que « plus jamais ». Donc ils savent. Normalement.
Comment se faire confiance ? Un problème politique clef
La semaine dernière, j’ai traversé des humeurs sombres comme beaucoup le vivent en ce moment. Face aux images des assassinats conduits par l’ICE aux Etats-Unis et l’annonce sidérante des chiffres de la répression en Iran, mais aussi face à l’atonie de la situation politique en France, et la poursuite du génocide des palestiniens de Gaza dans une indifférence qui s’est de nouveau installée, j’ai connu pendant plusieurs jours un véritable sentiment d’abattement. Pour la première fois je crois (car en temps normal je suis d’un naturel optimiste) j’ai considéré la possibilité suivante : “on n’y arrivera pas”.